Mieux comprendre et accueillir la neurodivergence

Vous avez peut-être déjà vu un enfant qui réagit différemment: il évite le regard, parle peu, bouge beaucoup, fait des crises plus intenses, joue ou interagit autrement. Ces comportements peuvent surprendre… ou inquiéter. Et si c’était simplement une autre façon de se développer?

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Mieux comprendre et accueillir la neurodivergence

Vous avez peut-être déjà vu un enfant qui réagit différemment: il évite le regard, parle peu, bouge beaucoup, fait des crises plus intenses, joue ou interagit autrement. Ces comportements peuvent surprendre… ou inquiéter. Et si c’était simplement une autre façon de se développer?

Par Amélie Cournoyer

« Neurodivergence », « neurotypie », « neurodiversité »… Vous avez peut-être déjà entendu ces mots, sans savoir ce qu’ils veulent dire exactement.

La neurotypie fait référence aux personnes dont le cerveau se développe et fonctionne comme celui de la majorité des gens. La neurodivergence regroupe, pour sa part, les cerveaux qui se développent et fonctionnent différemment. Elle inclut, entre autres :

  • le trouble du spectre de l’autisme (TSA);
  • le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H);
  • le trouble développemental du langage (TDL);
  • les troubles de l’apprentissage (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie);
  • le trouble développemental de la coordination (TDC);
  • le syndrome Gilles de La Tourette (SGT)

Quant à la neurodiversité, c’est l’idée que la diversité des cerveaux est naturelle, qu’elle fait partie de l’espèce humaine. « C’est comme les différences de taille. Il y a une moyenne, mais certaines personnes sont plus petites, alors que d’autres sont plus grandes », résume Marie-Josée Caron, neuropsychologue.

Pourquoi on entend de plus en plus parler de neurodivergence ?

Si le mot « neurodivergence » vous semble nouveau, c’est en partie parce qu’il l’est. « Avant, on parlait plutôt “d’enfants à besoins particuliers” », indique Stéphanie Deslauriers, psychoéducatrice. Mais le terme est remis en question. « Les besoins de ces enfants sont les mêmes que ceux de tous les êtres humains : être considérés, inclus, valorisés, respectés, aimés. Ce sont les façons d’y répondre qui sont différentes », poursuit-elle.

La neurodivergence n’est donc pas une maladie. « C’est une façon dont le cerveau se développe dès la naissance. On ne cherche pas à guérir l’enfant. On cherche à le comprendre pour bien l’accompagner », nuance la neuropsychologue Marie-Josée Caron.

Et si vous entendez plus parler de neurodivergence aujourd’hui, c’est entre autres parce que la science a évolué et que le dépistage s’est amélioré. « Il n’y a pas plus d’enfants neurodivergents qu’avant. Mais on les voit mieux, plus tôt, et on les comprend mieux », précise la neuropsychologue.

Les signes de la neurodivergence

La neurodivergence peut toucher un ou plusieurs aspects du développement d’un enfant, notamment sur les plans :

  • physique et moteur (ex. : marche tardive, difficulté à manipuler des objets, maladresse, difficulté à planifier ou à reproduire certains gestes ou mouvements);
  • cognitif (ex. : impulsivité, difficulté à réguler ses émotions, attention courte ou hyperconcentration, excellente mémoire et créativité débordante);
  • social et affectif (ex. : interactions sociales différentes, retrait, jeu en parallèle);
  • langagier (ex. : absence de premiers mots à 18 mois ou, au contraire, enfant qui parle très tôt, difficulté à articuler ou à produire des sons et des mots).

Des particularités sensorielles peuvent s’ajouter à cela, comme une hypersensibilité aux bruits, aux textures (vêtements, aliments) ou à la lumière, ou encore une recherche constante de sensations fortes. Parfois, les premiers signes apparaissent dès la petite enfance. Parfois, ce n’est qu’avec l’entrée à l’école et le début d’apprentissages plus spécifiques que ces défis sont remarqués plus clairement.

Les enfants neurodivergents peuvent avoir du mal à tenir en place ou, au contraire, être dans la lune et en retrait des autres. Les relations sociales peuvent être difficiles, tout comme le fait de suivre des consignes. « À la maternelle, on voit aussi souvent des limites sur le plan de l’autonomie. Certains ont encore besoin d’accompagnement pour apprendre la propreté », rapporte Claudia Maillé-Parent, enseignante en adaptation scolaire au préscolaire à l’école Marie-Favery.

Toutefois, la neurodivergence ne s’accompagne pas que de défis. Selon l’enfant, elle peut aussi s’exprimer par une grande curiosité, une excellente mémoire, une forte créativité ou une attention particulière aux détails.

Présente dès la naissance

« La neurodivergence est présente dès la naissance, mais ses manifestations apparaissent petit à petit, à mesure que l’enfant grandit », explique la neuropsychologue Marie-Josée Caron. Les parents prennent parfois du temps avant d’envisager cette possibilité. En effet, les premiers signes peuvent ressembler à des traits de personnalité ou à des variations normales du développement. Cela explique aussi en partie pourquoi un diagnostic peut prendre du temps à être posé.

Mais attention : un comportement qui semble atypique chez un tout-petit n’est pas toujours un signe de neurodivergence. « Un seul retard isolé ne dit pas grand-chose », affirme Marie-Josée Caron.

Pas des caprices

Les comportements des enfants neurodivergents ne sont ni des caprices ni une question d’éducation. « Avant 5 ans, le caprice est un peu un mythe, que ce soit pour les enfants neurotypiques ou non. Ce qui ressemble à un caprice part toujours d’un besoin réel de l’enfant », souligne Anouk Brière-Godbout, travailleuse sociale.

Or, les façons d’intervenir avec un enfant neurotypique (pour calmer une crise, par exemple) ne fonctionnent pas toujours avec un enfant neurodivergent. « Beaucoup de parents sont désemparés. Ils ne comprennent pas pourquoi tout ce qu’on leur conseille de faire ne fonctionne pas avec leur enfant », mentionne la travailleuse sociale.

La réalité des familles neurodivergentes

Vous avez peut-être déjà vu un enfant qui réagit différemment : il évite le regard, parle peu, bouge beaucoup, fait des crises plus intenses, joue ou interagit autrement. Ces comportements peuvent surprendre… ou inquiéter. Et si c’était simplement une autre façon de se développer?

À 19 mois, Lysanna connaissait toutes les lettres de l’alphabet. « À 3 ½ ans, elle commençait à comprendre d’elle-même des notions de première année », raconte sa maman Jessica.

Léonie, 5 ans, est pour sa part dans un état d’hyperactivité depuis qu’elle est bébé. De son côté, sa sœur jumelle, Constance, est souvent dans la lune, en plus d’avoir des hypersensibilités (aux vêtements et aux bruits forts, entre autres). « C’est vraiment deux mondes complètement différents », explique leur mère Laurence-Aurélie.

Quant à Arnaud, 5 ans, il a reçu un diagnostic de TSA l’an dernier. Ses parents pensent qu’il pourrait aussi avoir un TDAH. « C’est une petite boule d’énergie. Il est toujours en train de grimper, de courir, de bouger. Mais il n’est pas conscient du danger », raconte son père, Philippe.

Ces quatre enfants ont un point en commun : ils ont de la difficulté à réguler leurs émotions. « Mes filles travaillent fort à la garderie pour gérer les surstimulations et leurs émotions. Elles veulent répondre aux attentes des éducatrices. Mais, à la fin de la journée, la tension accumulée ressort. Léonie court partout, tandis que Constance se retire en s’assoyant avec son pouce dans la bouche », rapporte Laurence-Aurélie. Philippe vit la même chose avec son garçon, Arnaud, qui ressent lui aussi un trop-plein au retour à la maison. « Il n’arrive plus à fonctionner. »

La petite Lysanna, 4 ans, régresse quand elle est fatiguée ou en surcharge. « Elle arrête d’utiliser le langage pour communiquer, marche à quatre pattes, lèche des choses, se met le pied dans la bouche. Elle fait aussi des crises très violentes. Elle peut nous mordre ou se mordre elle-même, nous frapper ou nous lancer des objets au visage », dit Jessica.

Stress, fatigue et compagnie

L’éducation des enfants neurodivergents est difficile.

L’inquiétude, l’incompréhension et le doute sont donc souvent au rendez-vous chez les parents. « On s’est souvent demandé ce qu’on faisait de pas correct avec Arnaud », confie Philippe, qui a trois autres enfants âgés de 15 mois à 6 ans.

Le stress et la fatigue font également partie du quotidien. Laurence-Aurélie a mis du temps à comprendre pourquoi elle est toujours à bout de souffle, alors que les autres parents lui jurent qu’ils vivent la même chose qu’elle à la maison. « Je me suis rendu compte que je vivais les mêmes choses qu’eux, mais toujours de façon plus intense », dit-elle.

Jessica est en arrêt de travail. « Notre quotidien est ultra-compliqué, dit-elle. Juste pour la routine du matin, je ne peux jamais prévoir comment ça va se passer ni à quelle heure on va réussir à sortir de la maison. » « Quand on a un enfant neurodivergent, on devient proche aidant », illustre pour sa part Philippe.

Même si le quotidien est exigeant, plusieurs parents apprennent peu à peu à mieux comprendre leur enfant et à mieux l’accompagner.

Le piège de la comparaison

Les parents ont souvent le réflexe de comparer leur enfant avec les autres. C’est encore plus vrai chez les parents qui voient leur enfant se développer différemment.

« Mais c’est compliqué, parce qu’on compare l’ensemble de notre expérience avec nos enfants à de petits moments de la vie des autres. Il est possible que nos enfants ressemblent aux autres au parc, mais qu’ils fassent mille crises de plus à la maison », estime Laurence-Aurélie.

La travailleuse sociale Anouk Brière-Godbout fait une mise en garde : « Des fois, les parents ont des attentes basées sur ce qu’un enfant neurotypique devrait faire. Si leur enfant n’y arrive pas, ils pensent que c’est lui qui a un problème. Mais ces attentes ne sont pas adaptées à la réalité de leur enfant. »

Des commentaires qui peuvent blesser

Les enfants qui agissent différemment peuvent attirer toutes sortes de commentaires.

« Lors d’une réunion de famille, il y a un oncle qui a dit, en parlant de mon fils : “On peut toujours le faire rire, lui, parce qu’il lui manque une case.” C’était extrêmement blessant », se rappelle Philippe.

Les parents d’enfants neurodivergents reçoivent aussi souvent des conseils en lien avec l’éducation de la part de leur entourage.

« J’appelle ça de la “bienveillance maladroite”. Ça part généralement d’une bonne intention, mais ce n’est pas aidant », indique la psychoéducatrice Stéphanie Deslauriers.

En effet, cela renforce le sentiment d’incompétence parentale, qui est déjà bien présent chez plusieurs de ces parents. Laurence-Aurélie le confirme : « Tu essaies toutes les choses que les gens te conseillent : tu essaies d’être calme, tu essaies d’être ferme, tu essaies de négocier. Tu vois que rien ne marche et tu te sens incompétente. »

Le parent qui se sent jugé risque de modifier son comportement pour se conformer aux attentes de son entourage, même s’il sait que ça ne répond pas aux besoins de son enfant. « Le regard des autres peut donc directement nuire à la qualité des interactions entre le parent et son enfant », confirme Anouk Brière-Godbout.

Comment favoriser l'ouverture à la différence

Vous avez peut-être déjà vu un enfant qui réagit différemment  : il évite le regard, parle peu, bouge beaucoup, fait des crises plus intenses, joue ou interagit autrement. Ces comportements peuvent surprendre… ou inquiéter. Et si c’était simplement une autre façon de se développer?.

Quoi faire si vous êtes en présence d’un enfant dont les comportements vous surprennent ? « Le mieux, c’est de sourire au parent et de lui demander : “Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ?” », répond la travailleuse sociale Anouk Brière-Godbout.

Rappelez-vous que vous ne connaissez pas la cause de ces comportements. Laurence-Aurélie propose une réflexion : « Pensez au pire moment que vous avez vécu comme parent en public. Puis gardez ça en tête quand vous regardez agir les autres familles. »

Les parents ont besoin de se sentir soutenus. «  Ils ont besoin de se faire donner une tape dans le dos, de se faire dire : “Tu fais du bon travail”, “Bravo pour ta patience” ou “Je sais que ce n’est pas facile, mais tu es un bon parent” », suggère la psychoéducatrice Stéphanie Deslauriers.

Et si vous voulez vraiment comprendre ce qui se passe, Jessica a un conseil : « Remplacez le jugement par la curiosité. Posez des questions, car ce que vous voyez n’est que la pointe de l’iceberg. »

Développer l’empathie de votre enfant

Que faire si votre tout-petit vous pose des questions sur un enfant au profil neurodivergent qui adopte des comportements particuliers ? « Le plus simple, c’est de lui dire : “Il est comme toi, sauf que son cerveau se développe d’une autre façon. Alors, il ne comprend pas toujours les situations de la même façon que toi” », soutient l’enseignante en adaptation scolaire Claudia Maillé-Parent. Elle ajoute : « Les livres jeunesse peuvent vous aider à en parler avec votre enfant. Il y en a beaucoup sur le sujet de la différence. »

Écouter au lieu de rassurer
Les commentaires du genre « Tu t’en fais pour rien » ou « Ça va passer » ont pour but de rassurer. Mais ils font souvent l’effet contraire chez les parents qui les reçoivent. « Ça me donne l’impression qu’on banalise ce que je vis, alors j’aime mieux arrêter la discussion », dit Jessica. La psychoéducatrice Stéphanie Deslauriers conseille plutôt de faire preuve de bienveillance : « Ce qui aide vraiment, c’est d’accueillir l’émotion du parent en lui disant : “Je comprends. On veut ce qu’il y a de mieux pour nos enfants. Ce n’est pas facile de s’inquiéter.” »

C’est aussi l’occasion de développer l’empathie de votre tout-petit. « Rappelez à votre enfant un moment où il a vécu un défi. Puis faites le parallèle : “Ton ami, c’est ça, son défi à lui. Comment tu pourrais l’aider ?” », propose Stéphanie Deslauriers.

Normaliser la différence

Mieux comprendre la neurodivergence aide à ne pas porter de jugement. Lorsqu’on réalise qu’un enfant impulsif ou agité n’est pas « mal élevé » ou « capricieux », cela permet de mieux comprendre ses défis et ceux de ses parents. « C’est plus facile d’être empathique et d’avoir envie de les soutenir », affirme l’enseignante Claudia Maillé-Parent.

De plus, cela vous permet de mieux accompagner votre enfant dans ses interactions avec les autres. « Normaliser la différence, peu importe la différence, c’est bon pour tous les enfants, parce que tous les enfants vont se sentir différents à un moment de leur vie », conclut Anouk Brière-Godbout.

À retenir
  • Un cerveau neurodivergent fonctionne différemment.
  • Les enfants neurodivergents vivent des défis, mais ils ont aussi des forces.
  • Ce qui fonctionne pour un enfant neurotypique, lors d’une crise par exemple, ne fonctionne pas toujours avec un enfant neurodivergent.
  • Les parents d’enfants neurodivergents ont besoin de se sentir soutenus et compris.

Naître et grandir

Source : Magazine Naître et grandir, septembre-octobre 2026
Recherche et rédaction : Amélie Cournoyer
Révision scientifique : Solène Bourque, psychoéducatrice

Photos (dans l’ordre)  : Eliflamra | Gettyimage, Jessica Lortie et Lysanna, Terrebonne | Photo: Nicolas St-Germain, Arnaud et Philippe Bérubé-Lupien, Trois-Rivières | Photo: Nicolas St-Germain, Seventyfour | Gettyimages

Ressources

Livres pour les parents

C’est quoi, les neuroatypies? Le vrai du faux sur l’autisme, le haut potentiel intellectuel, le TDA/H, les dys…, C. Desbois, Éditions Dangles, 2024, 253 p.

La collection « 10 questions sur… » (le trouble développemental de la coordination, le syndrome Gilles de La Tourette, la douance et la double exceptionnalité, l’autisme, etc.), Éditions Midi trente

Les différences invisibles, M. Nepveu-Villeneuve, Écosociété, coll. Radar, 2025, 160 p.

Balado

Être parent dans l’intensité (28 épisodes), A. Brière-Godbout (momentsfamille.ca)

Livres pour les enfants

Clovis est toujours tout nu, Est-ce que Clovis est un papillon? et Clovis a peur des nuages, texte: G. Guay, ill. : Orbie, Éditions de la Bagnole, 2019 et 2020, 32 p.

Laurent, c’est moi!, texte: S. Deslauriers, ill. : G. Després, Éditions Fonfon, 2019, 32 p.

C’est mon cerveau!, É. Gravel, Éditions Scholastic, 2024, 48 p.

Comme tu es! Un livre sur l’inclusion, texte: M. O’Hair, ill. : S. Cardoso, Éditions Scholastic, 2022, 40 p.

La collection « Laisse-moi t’expliquer… » (l’autisme, le TDL, la dyspraxie, la dyslexie-dysorthographie, le syndrome Gilles de la Tourette), Éditions Midi trente

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